Par Florence Ruest · Source : L’Édito, septembre 2026 · Série « Le diabète de type 1 au quotidien », partie 1
En 2018, vers la rentrée des classes, j’ai reçu un diagnostic qui a complètement changé mon mode de vie : j’avais le diabète de type 1. Aujourd’hui, huit ans plus tard, j’ai 20 ans et je continue d’apprendre, au quotidien, à vivre avec cette condition, comme des milliers d’autres Québécois et Québécoises.
Une rentrée pas comme les autres
Cette année-là, ma rentrée a été un peu différente : des post-it avec des quantités de glucides dans ma boîte à lunch, un horaire strict pour mes collations et mes repas, et un sac à bandoulière noir qui me suivait partout. Je devais constamment m’assurer que son contenu était complet : stylos injecteurs, collations, glucomètre, corbeille à aiguilles, tampons désinfectants et comprimés de glucose.
J’étais en secondaire 2 et j’avais de nouvelles étapes dans ma routine que j’avais de la difficulté à expliquer à mes ami·es, à mes enseignants et même à mes frères et sœurs. J’étais très gênée de prendre ma glycémie en public, alors je faisais toujours un détour par les toilettes.
À chaque début d’année, je prenais le temps d’informer le personnel de l’école de ma condition, surtout mes professeur·es d’éducation physique, le cours où je craignais le plus les hypoglycémies. Pourtant, j’ai toujours eu des ami·es alertes qui se portaient volontaires pour aviser discrètement le professeur ou m’accompagner à mon casier chercher un « p’tit jus ». Mais grande anxieuse que je suis, je voyais toujours le scénario catastrophe arriver : une baisse de sucre pendant le test bip-bip.
Aujourd’hui : deux appareils dans ma poche
Aujourd’hui, j’ai trouvé mes repères, et mon équipement a évolué. J’ai un capteur de glucose en continu connecté à mon cellulaire, qui m’évite les détours gênés aux toilettes. J’ai aussi fait la transition vers une pompe à insuline, qui allège l’équipement que je traîne avec moi.
J’ai donc troqué mon fameux sac noir, qui m’attirait des regards interrogateurs et parfois des commentaires maladroits, contre deux appareils qui tiennent dans ma poche. Ils ont leur lot d’inconvénients, mais ils ont littéralement changé ma vie. J’y reviendrai dans un prochain article.
Ma routine de rentrée, encore aujourd’hui
Certaines précautions n’ont pas changé. Comme au secondaire, je loue un casier à l’université pour y garder l’équipement nécessaire en cas de besoin. Ma préparation de rentrée comprend deux trousses d’urgence :
- une dans mon sac d’école;
- une dans mon casier.
Changement de pompe d’urgence, glycémie et cétones par capillaire, traitement des hypoglycémies : j’ai toujours accès à ce qu’il me faut. Le détour à l’épicerie en début d’année est aussi inévitable, pour me constituer une petite réserve de sucre à action rapide quelques étages plus bas. Je dois encore justifier pourquoi j’ai des « p’tits jus » dans mon casier, mais je suis plus à l’aise avec mes explications.
Une charge mentale bien réelle
La gestion de mon diabète reste une charge mentale importante au retour en classe, surtout lors de grandes transitions : changement de programme, d’établissement ou d’horaire.
L’été, mon horaire est stable puisque je travaille. Depuis le cégep, par contre, mes journées de cours ne se ressemblent plus, et ça se voit dans ma glycémie, plus instable. Il est plus difficile de garder une routine stricte, et le stress est nettement plus élevé.
Ma pompe à insuline devient alors un outil précieux : elle me permet de prévoir des programmes basaux adaptés à cette réalité et m’offre de la flexibilité pour les heures de repas variables. Chaque journée est imprévisible sur le plan du diabète. Parfois (souvent), c’est frustrant. Mais avec le temps, on développe une capacité d’adaptation assez remarquable, comme un pouvoir de super-héros.
Au fil des prochains mois
Avec tout ça, j’en oubliais presque l’essentiel : je m’appelle Florence. Au cours des prochains mois, je vous partagerai des parcelles de ma réalité de personne vivant avec le diabète de type 1.
En parlant des défis que j’essaie de rendre visibles chaque jour et de ce que j’en ai appris, j’espère aider les gens de l’extérieur à mieux comprendre ce que signifie vivre avec le diabète de type 1, et créer un espace où d’autres personnes dans la même situation pourront se reconnaître.
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