Diabète et reins : les gardiens silencieux

Personne versant de l'eau dans un verre dans une cuisine lumineuse, avec un bol de légumes frais sur le comptoir

Par Dr Alexis O. Kaya, M.D. · Source : L’Édito, septembre 2026

Il existe, dans notre corps, deux petits organes auxquels nous pensons rarement. Ils se trouvent dans le bas du dos, silencieux, discrets, presque oubliés. Pourtant, ils travaillent sans relâche, jour et nuit.

Ils filtrent le sang, retiennent ce qui doit rester et laissent partir ce qui doit être éliminé. Ils participent ainsi à l’équilibre de l’eau, des sels minéraux et de la pression artérielle. On pourrait presque les appeler les gardiens silencieux de notre intérieur. Et souvent, nous ne découvrons pleinement leur importance que lorsqu’un médecin nous dit un jour : « Vos reins commencent à fatiguer. »

Cette phrase peut faire peur, plus encore lorsqu’elle est suivie de deux autres mots : « stade 3 ». Alors, avant toute chose, respirons. « Stade 3 » ne signifie pas que les reins vont bientôt s’arrêter. Cela signifie que leur capacité à filtrer le sang a diminué et qu’il faut désormais leur accorder davantage d’attention. C’est sérieux, mais ce n’est pas une condamnation.

Quand le sucre s’attarde trop longtemps

Pour comprendre ce qui arrive aux reins lorsqu’on est diabétique, il suffit d’imaginer une immense ville traversée par des milliers de petites routes. Le sang circule dans cette ville et, partout où il passe, il apporte du glucose, qui sert normalement de carburant à nos cellules. Le problème n’est pas que le sucre existe : nous en avons besoin. Le problème apparaît lorsque, trop souvent et pendant trop longtemps, il circule en quantité excessive dans le sang.

Les reins sont alors exposés, jour après jour, à cet environnement. Leurs minuscules structures de filtration peuvent progressivement s’abîmer. C’est l’une des raisons pour lesquelles le diabète peut conduire à une maladie rénale chronique. Mais avoir le diabète ne signifie pas que l’on développera forcément une insuffisance rénale.

C’est pour cette raison que la prévention et le dépistage sont si importants. La maladie rénale peut commencer longtemps avant que l’on ressente quoi que ce soit. C’est pourquoi, chez une personne diabétique, on ne surveille pas seulement la glycémie : on surveille aussi les reins. Et parfois, le premier avertissement se trouve tout simplement dans une analyse de sang ou un échantillon d’urine.

La première protection : ne pas laisser le diabète travailler seul

Le premier geste de protection est le plus évident : prendre soin de sa glycémie. Cela ne signifie pas rechercher une perfection impossible, mais travailler avec son équipe de soins pour garder le diabète aussi bien contrôlé que possible, selon des objectifs adaptés à sa situation.

Mais le sucre n’est pas le seul élément à surveiller : la pression artérielle compte énormément. Imaginez les petits vaisseaux qui nourrissent les reins comme un réseau de conduites très fines. Une pression trop élevée, lorsqu’elle dure, leur impose un effort supplémentaire. Les recommandations actuelles insistent d’ailleurs sur le contrôle de la glycémie et de la pression artérielle pour prévenir ou ralentir la maladie rénale chez les personnes diabétiques.

Les reins aiment les habitudes simples

La protection des reins repose très souvent sur des habitudes simples :

  • manger de façon équilibrée et éviter l’excès de sel;
  • bouger régulièrement et prendre soin de son poids lorsque c’est nécessaire;
  • ne pas fumer et limiter l’alcool selon les recommandations reçues;
  • dormir suffisamment;
  • prendre correctement les traitements prescrits;
  • ne pas abandonner le suivi médical simplement parce qu’on se sent bien.

L’absence de douleur n’est pas toujours synonyme d’absence de problème. Pour une personne diabétique ayant déjà une maladie rénale, le suivi de la fonction rénale et de l’albumine dans les urines fait partie de la surveillance recommandée. La fréquence dépend du niveau de risque et du stade de la maladie.

Le jour où apparaît le « stade 3 »

Dans le langage médical, on parle de maladie rénale chronique de stade G3 : les reins filtrent le sang moins efficacement qu’auparavant. Le stade 3 comprend deux niveaux. Le G3a correspond à une diminution légère à modérée de la filtration, le G3b à une diminution modérée à importante. Retenons surtout ceci : stade 3 ne veut pas dire stade terminal.

Alors pourquoi le prendre au sérieux ? Parce que c’est justement le moment où la protection des reins devient particulièrement importante. C’est un peu comme une petite fissure dans un mur : elle ne signifie pas que la maison va s’effondrer demain, mais elle mérite qu’on s’en occupe. On surveille son évolution, on cherche ce qui l’a provoquée et on évite tout ce qui pourrait l’agrandir.

Les jours où le corps vacille

Certaines situations peuvent brusquement mettre les reins sous pression : forte diarrhée, vomissements répétés, fièvre importante, infection, impossibilité de boire ou de manger normalement, déshydratation.

Les personnes qui vivent à la fois avec le diabète et une maladie rénale devraient discuter à l’avance avec leur médecin ou leur pharmacien de ce qu’il faut faire lorsqu’elles tombent malades : quels médicaments continuer, lesquels adapter temporairement, comment surveiller la glycémie et quand demander rapidement de l’aide.

Et surtout, il ne faut pas essayer de « nettoyer ses reins » en buvant des quantités excessives d’eau ou en utilisant des produits détox. Les reins n’ont pas besoin d’être nettoyés : ils ont besoin d’être protégés.

Et avant que les reins ne soient malades ?

Lorsqu’on est diabétique mais que les reins vont encore bien, il ne faut pas attendre qu’un problème apparaisse pour les protéger. Le contrôle de la glycémie et de la pression artérielle fait partie des mesures essentielles. Le dépistage régulier permet aussi de découvrir une atteinte rénale avant qu’elle ne devienne évidente : les recommandations prévoient la surveillance de la fonction rénale et de l’albumine urinaire, selon le type de diabète et sa durée.

On ne protège pas seulement les reins lorsqu’ils sont malades ; on les protège aussi lorsqu’ils vont bien. Ne pas attendre que quelque chose crie pour commencer à l’écouter.

Une question à retenir : « Est-ce bon pour mes reins ? »

Certains médicaments courants peuvent être dangereux pour des reins fragilisés, en particulier certains anti-inflammatoires utilisés contre la douleur. Il ne faut pas avoir peur de tous les médicaments, mais l’automédication demande plus de prudence dès que les reins sont fragilisés.

  • Avant de prendre régulièrement un nouveau médicament, même sans ordonnance, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
  • N’arrêtez jamais seul un traitement prescrit pour le diabète, la tension ou les reins.

Certains médicaments sont justement prescrits parce qu’ils peuvent protéger les reins ou le cœur. Les traitements modernes du diabète comprennent des médicaments qui, chez certaines personnes atteintes d’une maladie rénale, peuvent ralentir son évolution et réduire certains risques cardiovasculaires. Leur indication dépend du type de diabète, de la fonction rénale et de l’ensemble de la situation médicale.

Vivre avec des reins fatigués

Vivre avec une maladie rénale de stade 3 lorsqu’on est diabétique, c’est apprendre quelques nouvelles habitudes : regarder un peu plus attentivement ce que l’on mange, connaître sa tension, faire les analyses recommandées, être prudent avec les médicaments pris sans conseil, bouger, ne pas fumer, demander de l’aide lorsqu’on tombe malade et rester en relation avec ceux qui nous soignent.

Cela ne signifie pas renoncer à vivre. On ne peut pas toujours réparer ce qui a déjà été endommagé, mais on peut souvent protéger ce qui fonctionne encore : ralentir une progression, réduire certains risques et continuer à travailler, voyager, aimer, rire, manger avec plaisir et faire des projets.

Les gardiens silencieux

Les reins ne nous préviennent pas toujours lorsqu’ils commencent à souffrir. C’est pourquoi il faut apprendre à leur prêter attention autrement : une analyse de sang, une analyse d’urine, une tension mesurée, un repas un peu moins salé, une promenade, un médicament pris comme prescrit. N’hésitez pas à poser vos questions au pharmacien et honorez vos rendez-vous avec le médecin.

Pris séparément, ces gestes semblent minuscules. Mais la santé est souvent faite de ces petites choses. Les reins ne demandent pas la perfection ; ils demandent simplement qu’on ne les oublie plus.


Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Références

  • American Diabetes Association Professional Practice Committee. « 11. Chronic Kidney Disease and Risk Management: Standards of Care in Diabetes—2026 ». Diabetes Care 49, suppl. 1 (2026) : S246–S263.
  • KDIGO CKD Work Group. « KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease ». Kidney International 105, no 4S (2024) : S117–S314.
  • KDIGO Diabetes Work Group. « KDIGO 2022 Clinical Practice Guideline for Diabetes Management in Chronic Kidney Disease ». Kidney International 102, no 5S (2022) : S1–S127.
  • National Kidney Foundation. « Stage 3a Chronic Kidney Disease (CKD) » et « Diabetes and Chronic Kidney Disease (CKD) ». Consulté le 14 août 2026.
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