Diabète et cœur : le cœur qui travaille en silence

Deux aînés marchant côte à côte sur un sentier forestier d'automne aux feuilles orangées

Par Dr Alexis O. Kaya, M.D. · Source : L’Édito, octobre 2026

Le cœur est l’un des organes les plus sollicités du corps humain. Enfants, nous apprenons à reconnaître son rythme en posant la main sur notre poitrine. À l’âge adulte, cette présence devient presque invisible. Le cœur continue pourtant de battre pendant le sommeil, les repas, le stress, la joie ou la fatigue.

Pour les personnes vivant avec le diabète, cette réalité mérite une attention particulière : la maladie ne concerne pas seulement la glycémie. Elle touche l’ensemble de l’organisme, et le système cardiovasculaire figure parmi les premiers enjeux de prévention.

Un lien majeur, mais souvent sous-estimé

Au diagnostic, les premières préoccupations portent généralement sur la glycémie, l’alimentation, les médicaments et parfois l’insuline. Le risque cardiovasculaire, lui, n’est pas toujours abordé d’emblée. Pourtant, le diabète augmente le risque de maladies des artères, d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance cardiaque.

Ce risque résulte de l’association de plusieurs facteurs : glycémie trop élevée, pression artérielle augmentée, cholestérol déséquilibré, tabagisme, manque d’activité physique, excès de poids lorsqu’il est présent, atteinte rénale, âge et antécédents familiaux.

C’est pourquoi les professionnels de santé parlent de risque « global » plutôt que d’un chiffre isolé. Deux personnes ayant la même glycémie peuvent présenter des profils cardiovasculaires très différents selon leur tension, leur cholestérol, leurs habitudes de vie et leurs antécédents.

Des vaisseaux qui travaillent sous pression

On peut comparer l’organisme à un vaste réseau de circulation. Le cœur agit comme une station centrale qui propulse le sang dans des artères, des veines et des vaisseaux parfois extrêmement fins, jusqu’aux muscles, au cerveau, aux reins et aux yeux.

Avec le temps, ces vaisseaux peuvent devenir plus rigides, plus fragiles ou plus étroits. Le diabète peut contribuer à ces changements, surtout lorsqu’il s’accompagne d’hypertension ou d’anomalies des lipides sanguins. Exposée durablement à plusieurs facteurs défavorables, la paroi des vaisseaux peut perdre sa souplesse et favoriser l’apparition de dépôts dans les artères. Ce processus évolue lentement, ce qui rend la prévention d’autant plus importante.

Un risque souvent silencieux

Une tension artérielle élevée peut ne provoquer aucun symptôme. Un cholestérol élevé peut passer inaperçu. Une atteinte des artères peut progresser sans douleur. L’absence de symptôme ne signifie donc pas l’absence de problème.

Les consultations régulières, la mesure de la pression, les analyses sanguines et les questions sur l’essoufflement ou la capacité à l’effort permettent de repérer des changements avant les complications. Une valeur isolée peut être influencée par de nombreux facteurs ; une tendance répétée donne une information plus solide.

Prévenir : une approche globale

La prévention cardiovasculaire repose sur une combinaison : glycémie, pression artérielle, cholestérol, activité physique, alimentation, sommeil, arrêt du tabac, traitements prescrits et suivi médical. Lorsque plusieurs facteurs sont pris en charge en même temps, la réduction du risque peut être plus importante.

Cette approche permet aussi d’avancer par étapes. L’objectif n’est pas de tout corriger en même temps, mais de construire une stratégie cohérente et durable.

Sodium et tension artérielle

Le sel est présent dans de nombreux produits transformés, plats préparés, sauces, charcuteries, fromages et aliments de restauration rapide. Chez certaines personnes, un apport élevé en sodium contribue à une pression artérielle trop élevée.

Diabète Canada, Hypertension Canada et les sociétés cardiovasculaires canadiennes recommandent une approche qui combine réduction du sodium lorsque pertinent, activité physique, arrêt du tabac, alimentation adaptée et traitements individualisés.

Réduire le sel ne veut pas dire transformer chaque repas en calcul. Il s’agit d’apprendre à repérer les aliments les plus salés et de privilégier les produits peu transformés. La lecture des étiquettes aide à trouver les sources cachées : soupes du commerce, pains, sauces, céréales préparées et certains substituts de repas peuvent en contenir beaucoup.

L’activité physique, un levier accessible

Bouger davantage peut commencer simplement : marcher, monter quelques marches, jardiner, danser, faire du vélo, nager, jouer avec ses petits-enfants, se lever plus souvent.

Les lignes directrices de Diabète Canada recommandent, pour la plupart des adultes vivant avec le diabète, au moins 150 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée par semaine, réparties sur plusieurs jours et adaptées à l’âge, à l’état de santé et aux capacités de chacun. L’objectif n’est pas la performance, mais la régularité.

Si vous êtes sédentaire depuis longtemps, atteint d’une maladie cardiaque ou d’autres problèmes de santé, discutez d’une reprise progressive avec un professionnel de santé.

Tabac et diabète : un cumul de risques

L’arrêt du tabac reste l’un des gestes les plus efficaces pour réduire le risque cardiovasculaire. Combinés, le tabac et le diabète cumulent leurs effets sur le cœur et les vaisseaux.

Le sevrage nécessite souvent plusieurs tentatives, et ce n’est pas une question de volonté : la dépendance au tabac est un problème médical. Conseils personnalisés, substituts nicotiniques, médicaments ou soutien comportemental : une aide structurée augmente les chances de réussite.

Les traitements font partie de la prévention

Prendre un médicament n’est pas un échec personnel. Certains abaissent la pression, d’autres le cholestérol, et certains médicaments contre le diabète peuvent aussi protéger le cœur ou les reins chez des patients ciblés. Les lignes directrices canadiennes soulignent leur intérêt chez les personnes atteintes de diabète de type 2 avec une maladie cardiovasculaire, une maladie rénale chronique ou un risque cardiovasculaire élevé.

Arrêter un traitement parce que l’on se sent mieux peut être risqué : c’est parfois précisément le traitement qui maintient cet équilibre. N’hésitez pas à demander les bénéfices attendus, les effets indésirables et les interactions possibles.

Comprendre ses résultats pour mieux agir

Glycémie, pression, cholestérol, poids, fonction rénale : ces chiffres peuvent être déroutants. Ils ne résument pourtant pas une personne. Ce sont des repères pour évaluer le risque et ajuster les traitements.

Les objectifs ne sont pas identiques pour tous : l’âge, les autres maladies, le risque d’hypoglycémie et l’histoire médicale influencent les décisions. En consultation, demandez ce que signifie une valeur, à quel objectif elle se rattache et quelles actions peuvent l’influencer.

Les signes qui doivent alerter

Consultez si vous ressentez :

  • une douleur ou une pression inhabituelle dans la poitrine;
  • un essoufflement nouveau ou qui s’aggrave;
  • une fatigue inhabituelle ou des palpitations importantes;
  • un malaise ou un gonflement des jambes;
  • une diminution marquée de votre capacité à faire vos activités habituelles.

Urgence (911) : douleur thoracique intense ou persistante, essoufflement sévère, perte de connaissance ou symptômes neurologiques soudains.

Chez certaines personnes diabétiques, les symptômes peuvent être atypiques : une gêne inhabituelle, une fatigue disproportionnée ou un essoufflement à l’effort peuvent être plus révélateurs qu’une douleur classique. En cas de doute, consultez rapidement.

Des mesures concrètes, dès maintenant

Choisissez un objectif prioritaire, puis réévaluez-le :

  • marcher dix minutes de plus par jour;
  • préparer un repas moins salé plusieurs fois par semaine;
  • reprendre un rendez-vous médical repoussé;
  • noter vos questions avant une consultation;
  • prendre vos traitements tels que prescrits;
  • chercher de l’aide pour arrêter de fumer.

Les maladies chroniques demandent des ajustements répétés, avec des périodes de progrès, des pauses et parfois des retours en arrière. L’important est de maintenir le suivi plutôt que de renoncer après un écart.

Vivre avec le diabète ne signifie pas seulement surveiller le sucre. C’est aussi protéger le cœur, les vaisseaux et les organes qui dépendent d’une bonne circulation. À chaque battement, le cœur rappelle qu’il travaille en continu : la prévention vise à lui offrir les meilleures conditions pour poursuivre ce travail longtemps.


Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Sources

  1. Diabète Canada. Lignes directrices de pratique clinique : protection cardiovasculaire, activité physique, hypertension, dyslipidémie, maladie rénale chronique et traitement pharmacologique du diabète de type 2.
  2. Stone, J. A., Houlden, R. L., Lin, P., Udell, J. A. et Verma, S. « Cardiovascular Protection in People With Diabetes ». Canadian Journal of Diabetes, vol. 42, suppl. 1, 2018, p. S162-S169.
  3. Pearson, G. J., Thanassoulis, G., Anderson, T. J., et al. « 2021 Canadian Cardiovascular Society Guidelines for the Management of Dyslipidemia ». Canadian Journal of Cardiology, vol. 37, no 8, 2021, p. 1129-1150.
  4. Tobe, S. W., Bajaj, H. S., Tangri, N., et al. « Chronic Kidney Disease in Diabetes: A Clinical Practice Guideline ». Canadian Journal of Diabetes, vol. 49, 2025, p. 73-86.

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